Mercredi 26 mai 2010 3 26 /05 /Mai /2010 08:34
- Publié dans : Une question de méthode - Par assistantesociale

Aie...désolée pour le retard...au moins une personne l'aura remarqué ;-)


*


La méthode en question


(retour plateau. Solal se tient aux côtés de Chloé)

    -    Eh bien, ma chère Chloé, on dirait que l’heure a sonnée. Sevda, la belle ténébreuse, va nous quitter d’un instant à l’autre, déplore Solal d’un air grave. Qu’en pensez-vous, Chloé ?


    -    Je...et bien c’est à dire que...


Solal l’interrompt brusquement :

(face caméra )

    -    N’oubliez pas que c’est vous, à l’instant même où je parle, qui allez décider de l’avenir de cette jeune femme ! Faites vous plaisir ! Saisissez votre téléphone ! Ne laissez pas les autres téléspectateurs choisir pour vous, vous avez votre mot à dire !

Tout à son enthousiasme, il revient vers Chloé.


    -    Alors, Chloé, que dites vous de l’élimination de Sevda ?

Chloé, visiblement décontenancée par l’attitude de Solal s’éclaircit la voix :


    -    On peut dire...on peut dire que Sevda a fait un beau parcours, elle avait entamé de nombreuses démarches dans le but d’accomplir les tâches qui lui incombait...cette élimination est très injuste, et...

-Bien sûr, bien sûr...mais...c’est le jeu, n’est-ce-pas ?

-Oui...tout à fait... c’est le jeu...

Quelques instants de silence résonnent sur le plateau et Solal reprend :

    -    Bien, il me semble que le temps imparti au vote est sur le point de s’écouler. Nous allons prendre la température au sein de la villa. Allô la villa, est-ce que vous m’entendez ? questionne Solal faisant glisser ses mocassins-brillants-pointus-dernier-cri dans son fameux demi-tour vers l’écran géant.

Les six candidats sont blottis les uns contre les autres sur un canapé. Sevda occupe la place du milieu, on ne lit aucune expression sur son visage, cependant toujours aussi pâle.

    -    Un petit mot, Sevda, avant de connaître le verdict ?

-Je ne sais pas ce qui m’attend, mais je tiens à dire que quoiqu’il arrive, je ne regretterai pas cette expérience. Elle m’a beaucoup appris, tant sur les autres que sur moi-même...Elle réprime un sanglot.

-Fascinant Sevda, vraiment très, très touchant. Vraiment. Bien. On me dit dans l’oreillette que les votes sont clos. Je vais donc demander à notre fidèle huissier de justice de m’apporter l’enveloppe contenant le nom de la méthode plébiscitée par le public.

Un homme, costume trois pièces, petit et rondouillard s’empresse de tendre une enveloppe au présentateur. Solal s’en saisit.

Face caméra


    -    C’est un moment très grave, Mesdames et Messieurs. Je dirais même que c’est un moment mémorable.

Il décachette l’enveloppe. En sort un carton blanc, le lit, le replace.

-Le public a voté...

musique angoissante

-Pour la méthode

-....

-...

-Edison !


Je vous comprends, c’est également ma préférée, confie t-il aux télé-spectateurs, l’oeil brillant d’excitation.

Puis, se tournant vers l’écran géant :

-Bien. Sevda ? Vous allez vous rendre dans la salle des méthodes. Vous savez où elle se trouve n’est-ce pas ?

-Au fond du jardin ? C’est bien ça ?

    -    Tout à fait.

Mais Sevda ne parvient pas à se lever.  Comme si tout à coup, ses pieds pesaient des tonnes. Comme si elle était scellée au sol de la villa, qu’elle faisait partie des meubles. Elle est tout simplement tétanisée par la peur.

Et puis soudain, l’espace d’un instant, elle a cinq ans, elle joue à la statue avec ses amis dans la cour de l’école. Si je ne bouge pas, ne cille pas, peut-être qu’ils vont m’oublier? Peut-être deviendrai-je transparente?

Deux hommes, de carrure imposante et vêtus de costume sombre font leur entrée sur ces souvenirs. Ils encadrent Sevda, la relèvent simplement par les aisselles. On pourrait croire qu’ils soulèvent une plume. Elle ne marque aucune opposition.

Elle salue ses amis d’un simple hochement de tête et chancelle entre les deux garde du corps en direction du jardin. Ses co-locataires la suivent de près.

(Plan large sur le jardin)

Elle traverse doucement le terrain situé à l’arrière de la villa, sur lequel la nuit est tombée depuis longtemps. Seules quelques torches indiquent un sentier et c’est à la lueur des flammes vacillantes qu’elle avance vers un bâtiment en bois, qui ressemble à un grand abri de jardin.
Elle jette un dernier regard à ses compagnons de jeu.

(Gros plan sur Sevda puis plan serré sur les cinq autres candidats)

(musique)

 

Sevda pose la main sur la poignée de la porte, l’actionne, puis disparaît dans la pénombre de la salle des méthodes.
Un silence pesant s’installe, tant au sein de la villa que du plateau de télévision et on sent dans l’air électrique l’angoisse monter peu à peu. Le temps s’étire indéfiniment, les secondes s’égrènent on ne peut plus lentement. Comme dans un film d’horreur dans lequel on sait qu’il va se passer quelque chose de terrible, mais on ne peut dire à quel moment et on devine que l’on sera, de ce fait, immanquablement surpris.


A l’apogée de cet épisode anxiogène, les lumières de la villa commencent à diminuer par à coups. Elles s’éteignent même tout à fait pendant une fraction de seconde laissant les flambeaux continuer d’éclairer faiblement le jardin et la porte de l’abri, vers laquelle sont rivés les yeux des participants et de millions de téléspectateurs.

Comme pour conclure à cette lugubre cérémonie, une fumée âcre et malodorante de chairs brûlées s’échappe soudainement par les interstices du bâtiment.



Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires
Retour à l'accueil

Qui suis-je ?

  • Pause café
  • : Le blog d'une assistante sociale, mais pas seulement ...
  • Contact

Dans votre librairie

Venez vous asseoir dans la salle d'attente du service social.

 

cdvo_.jpg

 

  "Elle en fait beaucoup Valérie. C’est pour eux, Ginette et Marcel, qu’elle a décidé d’écrire. Elle a bien fait."

Libération

 

"Lecture décapante, hilarante et stimulante"

Lien social

 

"Dans le bureau qu’elle partage à Paris avec sa secrétaire Sylvie (phénoménale complice), l’assistante sociale – AS, dans le jargon – écoute ceux que la société ne veut pas voir, les nouveaux misérables."

Le quotidien Lorrain

 

Soyons amis !

Rejoignez-moi sur Facebook

Valérie Agha

Créez votre badge

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés