Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 16:06
- Publié dans : l'assistantesociale - Par Valérie AGHA

(retrouvez cet article sur le Plus du Nouvelobs)

 

C’est l’histoire d’une rencontre sur internet comme il s’en produit des milliers chaque jour.

 

Une histoire banale.

 

Enfin, presque.

 

Ca se passe au mois de juillet. Christiane me contacte via mon blog avec le message suivant :

 

« Ma fille est assistante sociale et j’aimerais lui offrir votre livre pour son anniversaire. Pourriez-vous le lui dédicacer ? Elle s’appelle comme vous, à un H près : Valérie AGA*, c’est drôle, non ? »

 

Et Christiane me raconte.

Après plusieurs années passées en région parisienne, où nous nous sommes peut-être croisées sans le savoir, Valérie est repartie vivre dans sa Moselle natale, auprès de ses parents. C’est là qu’elle a rencontré celui qui est devenu son époux en septembre 2010. La naissance de leur petite fille, Raphaëlle, est prévue un mois plus tard. Tout comme la signature du crédit de leur maison.

D’autres coïncidences me lient à Valérie AGA : même âge, même signe zodiacal. Valérie habitait dans la commune où j’ai commencé à travailler au moment où j’y exerçais. Et bien sûr, nous avons la même passion pour notre profession. Et puis, lorsque j’ai vu la photo de Valérie, j’ai été interpellée par cette douceur dans le regard, j’ai deviné une envie d’embrasser le monde que l’on ne croise pas si souvent.


Capture d’écran 2011-12-09 à 16.19.28


 

Je trouve alors la démarche de cette maman attentionnée vraiment touchante et ses similitudes entre sa fille et moi un peu surprenantes.

 

J’envoie un message à imprimer et à coller dans le livre de mon homonyme. Et j’attends le jour J, espérant recevoir des nouvelles de ma correspondante.

 

Mais le jour de l’anniversaire de Valérie, voilà le message que je reçois :

 

« Valérie n'a pas lu votre livre, elle vient de décéder le jour de son anniversaire, emportant avec elle la petite fille qu’elle attendait - elle était contente du cadeau et j'avais mis vos "bisous" en page de garde. »

 

J’ai d’abord cru, il faut que je l’avoue à Christiane, à une mauvaise blague. Mais j’ai fini par comprendre que la vie pouvait réellement écrire le pire des scénarios qui soit. Celui qu’on trouverait tiré par les cheveux, dans un film.

 

C’est l’histoire d’une rencontre sur internet.

 

Une rencontre presque banale.

 

Je n’ai jamais eu la chance de rencontrer Valérie. Je crois nous nous serions bien entendues.

 

Il n’y a que ce H qui nous sépare, mais pas tant que ça. Et un livre. Tout juste déballé, à peine feuilleté.

 

 

* Le nom a été légèrement modifié, afin d’en préserver l’anonymat.

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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 06:17
- Publié dans : l'assistantesociale - Par Valérie AGHA

(Article publié le 14/11/11 sur le Plus du Nouvel Obs) (Vous pourrez m'y retrouver régulièrement ici)

 

 

 

Les gens que je reçois dans mon bureau sont parfois cons, souvent pénibles et ennuyeux. Profiteurs, de temps en temps. Mais la plupart du temps, ils sont surtout touchants. En fait, ils sont complexes. Pétris d’incertitudes et de paradoxes, comme nous tous. Bref, avant d’être des cas sociaux, des usagers, des patients, des clients, des pauvres, des défavorisés, des marginaux, des SDF, des clandestins ou des parasites, ce sont des êtres humains.

 

L’assistante sociale est, quant à elle, passée, en quelques décennies, du statut de moralisatrice placeuse d’enfants à celui de tiroir caisse : celle qui distribue sans vergogne l’argent de l’honnête contribuable à une horde de fainéants, une armada de sans-papiers, celle qui donne la tétée à une kyrielle de gueux alcooliques, drogués et parents maltraitants, grâce aux mamelles taries de la République. On sait d’où vient la crise. On identifie parfaitement les coupables.

 

Mariah Carey en assistante sociale dans le film

Mariah Carey en assistante sociale dans le film "Precious" en 2010 (LILO/SIPA)

 

De la bonne sœur qui faisait la charité en passant par Véronique Jeannot pour en arriver à Mariah Carey, il faut dire que l’image de l’assistante sociale a bien évolué.

 

J’imagine aisément, le pauvre diable, en passe d’être expulsé, se présenter devant le bureau de Mariah. Il serait reçu par la diva, gainée dans un tailleur ultra-moulant, créé spécialement par Christian Lacroix. Perchée sur des talons vertigineux, maquillage discret, chignon, dont s’échapperaient quelques longues boucles pour adoucir son ravissant visage… Mariah aurait sorti pour l’occasion sa plus belle moue de fille parfaitement en phase avec la réalité.

 

Elle ferait un truc avec ses doigts dans ses cheveux, tout en esquissant un sourire énigmatique et, tout à coup, le gars oublierait pour quelle raison il se trouvait là. Dans un chuchotement, elle l’inviterait à s’asseoir. Puis, d’un signe de tête encourageant et aguicheur tout à la fois, elle l’inciterait à raconter son histoire. Il se trouverait plutôt embarrassé de se livrer ainsi devant celle dont-l’organe-ne-maîtrise-pas-moins-de-huit-octaves.

 

C’est alors qu’elle s’avancerait langoureusement, se pencherait au-dessus du bureau, lui permettant ainsi d’admirer le début de sa généreuse poitrine. Faussement ingénue, elle porterait un doigt interrogateur à ses lèvres pulpeuses et papillonnerait des cils comme elle sait si bien le faire.

 

Aaaah Mariah. (1)

 

Mais je m’égare. Car la réalité est tout autre. Beaucoup moins glamour. C’est sûr que lorsque le même monsieur se pointe au service social de son quartier, il est moins bien loti. Certaines collègues, pour faire face à la pénurie, sont en effet dans l’obligation de faire elles-mêmes la quête afin d’exercer leur profession dans des conditions décentes. Depuis les diminutions drastiques de financement en matière d’hébergement, mes collègues ne sont même plus en capacité d’assurer leur mission phare : la protection de l’enfance, puisqu’aujourd’hui, des familles dorment sur les trottoirs de Paris.

 

Parce que la nouvelle assistante sociale, celle qui arrive juste après Mariah Carey, c’est une magicienne à qui on a ôté tout pouvoir. Condamnée à errer dans les coulisses d’une société où aimer les gens est franchement suspect et les aider ne s’apparente plus qu’à de l’humanitaire.

 

"Madame, le Samu Social ne peut pas vous proposer d’hébergement. Essayez les urgences."

 

"Non, Monsieur, vous êtes fonctionnaire, mais vous devrez pourtant dormir à l’hôtel pendant très longtemps avant d’espérer être logé. Votre salaire ne suffira pas, c’est vrai. Vous avez songé à la fameuse Quetchua ?"

 

"Vous n’avez plus rien pour nourrir vos enfants, ni payer votre loyer ? Vous risquez d’être expulsée ? Je suis vraiment désolée, je ne peux rien pour vous. Une fois que vous serez à la rue, nous ferons des recherches de foyers, Madame. Les délais sont longs c’est sûr, mais d’ici quelques mois, une place se dégagera éventuellement."

 

"L’assistante sociale qui s’occupait de votre secteur est partie. Faute de moyen, elle ne peut pas être remplacée, il vous faudra attendre deux mois avant de rencontrer une autre collègue. Elles sont débordées, vous savez. Votre mari vous bat ? Eh bien, allez au commissariat ! Ce sont eux qui vous envoient ? Ah. Et ça ne peut pas attendre ?"

 

Cette nouvelle assistante sociale, ne la jugez pas trop hâtivement. C’est simplement une fée version new-look, sans robe de velours, sans chapeau pointu et affublée d'une baguette cassée. Une magicienne sans la colombe qui l’accompagne

habituellement ; celle qui chante les lendemains heureux.

 

 

(1) Extrait de Chroniques ordinaires – Carnets d’une assistante sociale- Valérie AGHA (Fleuve Noir)

 

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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 20:25
- Publié dans : La fille - Par assistantesociale

- Et alors, juste après, tout s'est arrêté.

- Comment ça arrêté ? ! Tu veux dire, comme ça, tout net ? C'est quand même un peu étrange, ton affaire, non ?

- Oui je sais. C'est pas faux. Dans un sens, je me rends bien compte que c'est du genre euh...bizarre. Mais c'est comme ça, j'y peux rien. D'un seul coup, pouf ! Plus rien, tu vois. C'est comme si...

- Le robinet était fermé ?

- Oui, C'est ça. C'est exactement ça.

- Ah oui, je vois tout fait, ça m'a fait pareil quand j'ai quitté Georges. Un matin je me suis réveillée et j'ai compris que c'était fini. Bon c'est sûr, là, pour toi, c'est pas tout à fait la même situation. C'est pas comme si c'était une relation "amoureuse", hein, hi hi !

- Je me sens vide, tu vois. Plus à la hauteur, plus dans le coup. Envie, mais plus envie. Plus tellement envie d'y penser. Envie d'autre chose. Mais de quoi ?

- Ouais, ouais, je vois. Mais alors là, ca-rré-ment.

- Peut-être que je devrais reprendre la clope, au fond. Tout allait tellement mieux quand je fumais, c'est dingue, ça quand même.

- Ecoute, laisse le temps passer, peut-être que ça reviendra naturellement, tu crois pas ?

- Oui, sans doute...Ou non, en fait. C'est l'erreur. Plus le temps s'écoule et pire c'est. Les choses s'étiolent. L'envie s'amenuise, peu à peu. J'ai perdu le rythme, le goût de l'exercice et de l'effort. Voilà que je parle comme dans un bouquin, tiens.

- Et tu penses un peu aux gens ? A ceux qui t'attendent ? Qui aiment ce que tu fais ?

- Hum...Tu sais, il faut relativiser. La Terre ne s'est pas arrêtée de tourner que je sache. Vite aimée, vite oubliée ! Et puis qui sait ? Peut-être que je reviendrai, mais disons...différemment, ailleurs, autrement. Un de ces jours. Quand j'aurais de nouveau l'envie d'ouvrir le robinet. Et puis, comme le dit le proverbe, toutes les choses ont une fin. Sauf le saucisson, qui en a deux.

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Dimanche 19 juin 2011 7 19 /06 /Juin /2011 20:21
- Publié dans : La maman - Par assistantesociale

 

Ca fait déjà plusieurs fois que je tente de mettre le feu à mon appartement. Si vous farfouillez bien dans ce blog, vous retrouverez sans doute le palpitant récit de mes précédents exploits.

 

J'ai remis ça pas plus tard qu'aujourd'hui.

 

Si vous souhaitez tenter l'expérience, prenez :

 

1. une lampe Ikea.

Capture-d-ecran-2011-06-19-a-20.29.45.png

 

(Mais pas n'importe laquelle. Il est en effet très important que l'abat-jour ressemble à un grand bol.)

 

2. une éponge pour nettoyer les vitres.

 

Capture-d-ecran-2011-06-19-a-20.45.34.png

3. une mère pas fu-fute et aux tendances  pyromanes.

 

Capture-d-ecran-2011-06-19-a-20.58.16.png       + Capture-d-ecran-2011-06-19-a-20.59.03.png

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis respecter les étapes suivantes :

 

- Plutôt que de la ranger directement, posez dans la lampe Ikea (dans le bol formé par l'abat-jour) l'éponge à vitres qui traîne par terre afin de passer l'aspirateur.

 

- La mère pas fu-fute qui dort en vous songera bien à un moment donné que vous avez déjà commis cette regrettable erreur par le passé (avec une manette de jeu vidéo) et qu'en allumant la lampe, vous avez bien failli mettre le feu à la maison. Mais très vite, la mère aux tendances pyromanes reprendra le dessus et laissera votre côté nigaude s'embourber dans sa croyance que (sur le ton cu-cul de la mère pas fu-fute) : "nan, je ne ferai pas deux fois la même erreur, je penserai à la retirer et à la ranger".

 

- Le ménage terminé, allez donc vous balader. La mère pyromane fera ainsi croire à la cu-cul qu'elle est une bonne mère. Gniark, gniark, gniark.

 

- En rentrant, allumez la lampe sans y penser. (Il fait encore jour d'ailleurs, on se demande bien quelle utilité il peut y avoir à ce geste). (Encore un coup de la pyromane qui sommeille en vous.)

 

- Oubliez d'éteindre la lampe.

 

(J'insite sur cette étape, primordiale à la réussite du complot)

 

- Nu-nuche se chargera de préparer un bon repas à votre gentille progéniture.

 

A ce stade, si vous avez respecté les différentes consignes et laissé vos deux personnalités s'exprimer comme il se doit, vous devriez être proche du but ultime. L'incendie à proprement parlé.

 

Hélas, pour ma part, n°2 est parti faire un tour dans la pièce dans laquelle se trouvait le berceau du brasier et a mis à mal les projets de la mère pyromane en prévenant la gourde de mère.(Je crains que l'éducation de mes enfants ne soit à refaire)

 

Je vous laisse admirer le résultat :

 

DSCN1616.JPG

DSCN1620.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pas mal, pas mal...

 

Mais je crois que je peux mieux faire.

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