Dans l'exercice de ma profession comme dans la vie, j'adore saisir les opportunités de sortir des sentiers battus. Lorsque j'en ai le temps et que cela me semble nécessaire, je propose aux personnes que je rencontre de les accompagner dans leurs démarches, d'en faire un peu plus qu'habituellement. Je trouve que c'est l'un des avantages à travailler en service social des personnels et je ne m'en prive pas. Cela donne tout de suite une autre envergure au mot "accompagnement" qui, dans de nombreuses circonstances ne reste malheureusement reste qu'un terme pompeux et galvaudé, une ambition vaine.
Cela dit, je m'emballe parfois un peu vite et arrivé le jour J, je me demande généralement ce que je fais là, je regrette presque de ne pas avoir tourné sept fois ma langue dans ma bouche comme me l'a appris ma maman. Merci maman.
Ce fut le cas, notamment lorsque je me retrouvais avec le chien de monsieur H à la maison, ou lorsque je dû faire seule l'inventaire de l'appartement d'un agent récemment décédé qui n'avait pas de famille *.
Autant vous dire que le vendredi 18 mai, alors qu'une fois de plus je zappais un pont pour une journée à Montargis et que j'attendais Monsieur P. sur le quai du métro à 8h30, j'avais comme un petit sentiment de dans-quelle-galère-tu-t'es-encore-fourrée-ma-vieille qui me nouait le ventre.
Cette fois-ci, Monsieur P. n'avait pas intérêt à me poser un lapin : j'avais sélectionné puis organisé d'une main de maître pas moins de 5 visites d'appartement. J'avais prévu les trajets, contacté le syndicat d'initiative pour connaître les horaires de bus, obtenu un plan de la ville. Bref, j'étais prête à trouver à Monsieur P. un logis coûte que coûte.
Je sais que vous auriez adoré (je n'ignore pas votre tendance vicieuse) que je vous raconte mes mésaventures à Montargis. Mais je suis au regret de vous dire que tout s'est très bien passé. Montargis est une ville ravissante. J'ai même eu le loisir de m'y balader seule alors que j'avais donné un quartier libre à Monsieur P. entre deux visites.
Monsieur P. a trouvé son bonheur sans que j'ai besoin de le menacer et j'ai accompli ma mission sans encombre.
Il ne reste plus qu'à organiser le déménagement, penser à l'assurance, au renvoi de courrier, aux changements d'adresse, achat de l'électroménager, d'un lit et du minimum vital pour s'installer (oui vous l'avez compris, Monsieur P part de zéro et est un grand enfant pour qui établir un devis chez Conforama relève du défi. Et dont le curateur est injoignable.)
Je suis bien heureuse d'avoir remporté mon pari et je le serai encore davantage, lorsque Monsieur P. sera parti.
*Vous pouvez retrouver ces anecdotes dans mon livre, Chroniques de vies ordinaires - Fleuve Noir

